Les Stalles

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Extrait de "La Lettre d'Information" de l'association "Stalles de Picardie"
Un petit groupe de membres de Stalles de Picardie s’est rendu à Essômes-sur-Marne le samedi 22 avril 2017.
La présidente de cette association de Saint-Martin-aux-Bois, Kristiane Lemé-Hébuterne, a écrit ce compte rendu à l'issue de leur visite.

L’abbaye a été fondée par l’évêque de Soissons, en 1090 et s’est développée très rapidement. Mais, lorsqu’on arrive devant cette église, on peut, comme à Saint-Martin-aux-Bois, éprouver un peu de déception : la façade n’est pas très attrayante… L’église Saint-Ferréol n’a pas vraiment de façade ! Ici aussi, l’église n’est pas réellement terminée : à l’origine, une église paroissiale était accolée à l’église des chanoines. C’était en fait la première église de l’abbaye, construite à l’époque romane, et laissée aux paroissiens après la construction de l’église gothique actuelle, construite entre 1225 et 1245. En mauvais état, l’église paroissiale a été détruite en 1765, un mur a alors été érigé pour fermer l’édifice, mais ne constitue pas une façade digne de ce nom !
L’église actuelle est donc constituée d’une nef de deux travées uniquement (22 m de hauteur sous voûte), d’un large transept et d’un chœur de trois travées terminé par une abside à sept pans. L’élévation est à trois étages, et montre un très élégant triforium à claire-voie. N’oubliez pas de lever les yeux pour admirer les clefs de voûte , ornées de visages de saints personnages ou de religieux en prière : des traces de polychromie sont très nettes sur cette partie de l’édifice.
Cette abbaye a souffert elle aussi de la guerre de Cent ans : une anecdote doit être rapportée à ce sujet, qui explique le nom du saint patron. L’abbaye était fortifiée et a réussi à résister au siège mené par les troupes anglaises, siège qui s’éternisait. Et c’est le jour de la saint Ferréol que les Anglais lèvent le siège ! Les chanoines ont alors décidé de placer l’abbaye sous le patronage de ce saint, plus connu dans les régions méridionales que dans le nord, en remplacement de la Vierge.
L’abbaye a bénéficié d’importantes restaurations et transformations au XVIème siècle, notamment grâce au dernier abbé régulier, Claude Guillard. Elle a été réformée, comme Saint-Martin-aux-Bois, par les Génovéfains, au XVIIème siècle. Après la Révolution, l’église est devenue paroissiale.
Le poids des ans, la guerre de 1914-1918, mais aussi les tempêtes de la fin du XXème siècle ont affaibli l’édifice, qui nécessite d’importants travaux. Depuis quelques années, un programme de restauration est mis en œuvre : charpente, couverture et maçonnerie du transept, de la flèche et du chœur ont déjà pu être restaurées.

Et les stalles ?
Elles sont disposées dans le chœur, en deux rangées arrondies adossées aux pans de l’abside. Bien qu’elles semblent adaptées à l’architecture, un examen soigneux montre que ce n’est pas leur emplacement d’origine : elles devaient, lors de leur pose, fermer le chœur, et s’ouvrir vers l’est, le sanctuaire qui abritait le maître-autel. Pour des raisons de changement de liturgie, l’ensemble a été retourné et fait face aux fidèles.
Elles sont dues à l’abbé Claude Guillard, et peuvent être datées des années 1540. L’influence de la Renaissance se fait fortement sentir, même si certains motifs sculptés remontent au Moyen Âge.
Les hauts dossiers sont constitués de panneaux finement sculptés, tous différents les uns des autres, mêlant rinceaux, cornes d’abondance, dauphins, coquilles, monstres au long cou gracile, chérubins présentant des blasons… Les trente-huit miséricordes sont sculptées de monstres, mais aussi de bustes d’hommes et femmes, aux visages parfois réalistes, de chérubins ou d’enfants au corps potelé. Une seule petite scène peut être notée : une femme assise tient sur ses genoux un enfant, derrière nu, sur lequel elle applique une vigoureuse fessée ! Les appuis-main sont aussi très variés : beaucoup de monstres là aussi, chérubins tenant différents objets, l’un jouant de la flûte, visages de religieux ou de bourgeois
Les jouées étaient certainement très belles, montrant des saints personnages sur les panneaux inférieurs et sculptées à claire-voie dans la partie supérieure, qui malheureusement a été vandalisée ! Il ne reste plus, sur la jouée sud, que le corps de Jessé, allongé : l’arbre qui en sortait et portait les ancêtres de la Vierge a été entièrement découpé !
C’est tout de même un très bel ensemble, qui témoigne bien du passage, dans l’art des stalles, du Moyen Âge à la Renaissance.
Vous pouvez retrouver les photos de ce dossier sur notre page Facebook : merci à Roland Gardin pour les photos !

Kristiane Lemé-Hébuterne
Docteur en Histoire de l’art, se consacre depuis plus de trente ans à l’étude des stalles.
Elle préside l’association Stalles de Picardie, fondée en 1996 pour sauver, étudier et faire connaître les stalles de la région, et, en particulier de l’église de Saint-Martin-aux-Bois.
Elle a publié récemment un livre " Le langage des stalles."

Pour plus d'informations sur cette association, visitez leur site
Stalles de Picardie