Journées Européennes du Patrimoine 2007
Jonathan Loppin
A l'occasion des journées du patrimoine 2007
(Samedi 15 et dimanche
16 octobre).
Ronde de Nuit
Jonathan Loppin
Altuglas, acier, robot, lampe torche.
300 x 600x 600 cm.
Voir l'expo (Photos Jonathan Loppin)
Lorsqu’il s’agit d’évoquer le travail de Jonathan Loppin, on pense dans un premier temps à la sculpture minimale. Un minimalisme débarrassé du postulat qui dit que « la forme est l’objet lui-même ». Cette émancipation une fois affirmée, l’implication physique et mentale du spectateur peut advenir. Jonathan Loppin renverse le mouvement propre à l’autonomie de la sculpture minimale pour rejoindre d’autres sphères, d’autres modalités de construction et de négociation avec le réel, avec une attention accrue à la manière dont il se donne à voir habituellement, dont il se précise ou s’efface. Ce qui n’est plus lisible ou audible, ce qui n’est plus là ou ce qui est absent, devient l’endroit où « opère » Jonathan Loppin, dans les interstices d’une « scène oubliée », dans les creux et les plis d’un « espace-mémoire » collectif. Ainsi, se met au jour la qualité narrative et ouverte du travail de Jonathan Loppin, le faisant basculer du côté du cinéma, c’est-à-dire d’un espace disponible et en attente de projections. La sculpture est dès lors un objet qui induit une mise en mouvement et qui provoque un enchaînement d’images mentales produisant une fiction, une histoire.
Ronde de nuit, l’installation réalisée pour l’abbatiale Saint-Ferréol à Essômes-sur-Marne dans le cadre des Journées du Patrimoine, prend place au centre de l’abbaye vidée de la totalité de ses chaises. Vaste pièce dont la forme en croix reprend le plan de l’abbatiale amputée d’une partie de sa nef, l’espace ainsi créé ne laisse aucune entrée pour celui qui parcourt les lieux. Son architecture est close sur elle-même mais ses parois blanches et semi opaques révèlent un faisceau lumineux qui balaye l’intérieur de la structure. Boîte dans la boîte et architecture gigogne, le caisson de résonance lumineux de Ronde de nuit offre par les mouvements lumineux incessants qu’il produit une perception nouvelle du lieu de culte ainsi qu’un espace de projection illimité.
Celui qui veut bien s’accorder le temps du regard pour parachever « l’image en attente » se trouvera alors pris au coeur d’un processus narratif à tiroirs. La radicalité formelle des sculptures et installations de Jonathan Loppin est marquée par l’impossibilité à représenter les instances de l’autorité ou du contrôle. C’est en creux et sous la forme de fragment que l’autorité est questionnée, qu’il s’agisse de ses formes avouées (la cage, le mur, l’espace opaque et inaccessible) ou de ses formes inavouées (la croyance, le plis, la lumière).
Extrait de « La sculpture comme espace de projection »
Maëlle Dault
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