Noé maudissant Cham ou La colère de Noé
Restauration du tableau par l'atelier des Carmes.
Marguerite Szyc - Zielinski
Février 2009
Historique de la pose du tableau dans l'Abbatiale.
Récit de Maurice Franche, vice-président de l'Association Saint Ferréol
Voici, telle que je viens de la retrouver dans les archives familiales,
l'histoire du grand tableau se trouvant dans l'église abbatiale
d'Essômes, au dessus du confessionnal :
Ce tableau se trouvait à Paris, dans un hôtel particulier
appartenant à une des clientes de l'entreprise de "Couverture/Plomberie"de
mon grand père Henri Franche, Madame CORNILLE.
L'entrée principale de l'hôtel était située
68, rue Rochechouart, dans le neuvième arrondissement, un jardin
l'entourant était mitoyen dans le fond avec l'immeuble où se
trouve encore aujourd'hui l'entreprise toujours familiale, 69, rue de
Dunkerque, un accès sur la rue de Dunkerque portait le numéro
69bis.
La famille de Madame Cornille fabriquait des toiles pour les artistes
peintres et, dans le fond du jardin, côté rue Pétrelle,
il y avait un grand bâtiment, dont une partie est encore visible
aujourd'hui derrière les immeubles, dans lequel on enduisait les
toiles et où on les faisait sécher.
En 1930, Madame Cornille a vendu sa propriété à la
Caisse Départementale des Assurances Sociales, (toujours à l'heure
actuelle la Sécu au 69bis), l'hôtel devait être démoli
pour construire des bureaux.
Le tableau était peint sur une toile marouflée en plafond
(peint probablement par un client de la famille Cornille; peut-être
une copie ??? le mystère demeure !), il représente, d'après
ses propriétaires d'alors, NOE MAUDISSANT CHAM ; et nous tenons également
d'eux le rappel historique qui l'accompagne; Histoire Sainte s'entend
!!!
Madame Cornille proposa à mon grand père de récupérer
le tableau s'il réussissait à décoller la toile.
Toute la famille s'est alors employée à inonder le plancher
du dessus et... ... la toile s'est décollée.
Drôle d'histoire dont nous sommes trois générations à avoir
entendu parler. et actuellement la quatrième et même la
cinquième ! Mais de la suite également :
Apportée à Essômes, la toile, par la même équipe
accompagnée de l'abbé Coquizart curé en titre, fut
recollée à la "dextrine" sur un panneau en frises
de parquet. Une de mes tantes et l'abbé Coquizart, les deux personnes
reconnues les plus expertes en peinture, ont nettoyé ensuite la
toile et restauré les parties de l'oeuvre quelque peu abîmées.
Puis le tableau fut mis en place avec les précautions et les
difficultés que l'on imagine dans l'église abbatiale On
retrouve effectivement trace, beaucoup plus tard, d'une remarque désapprobatrice
d'un représentant des "Beaux Arts" découvrant
le nouveau tableau installé sans autorisation officielle; et un
refus de l'abbé Coquizart de le décrocher tant il avait
eu de mal à le mettre en place: "Décrochez le vous-mêmes
si vous en êtes capable! ".
Noé, nous dit donc l'histoire sainte, après son retour à la
vie sur la terre ferme, avait planté de la vigne et avait découvert
qu'on pouvait en tirer une boisson agréable en pressant les raisins;
il obtint bientôt un vin fort en alcool, en but, par ignorance
s'entend, plus que de raison et... ...sombra dans l'ivresse. Son fils
Cham, dit-on, se moqua de lui et lui manqua de respect durant son lourd
sommeil; Noé l'apprit à son réveil (peut-être,
mais la remarque est personnelle, n'aurait-il pas du sauver les corbeaux
?) D'où la colère puis la malédiction...
Il fut estimé, à l'époque de la proposition d'installation,
que ce tableau pouvait avoir sa place dans un pays où les vignerons étaient
déjà là, bien avant même l'invention du Champagne.
Qui sait si ce ne fut pas même l'argument qui emporta l'acceptation du curé Coquizart ?
IL y avait aussi, chez Madame Cornille, une banquette avec retable au
dessus ; c'est ce retable qui a été installé également
dans l'église.
Pour la " Petite Histoire " à présent :
L'abbé Coquizart, dès sa mise en place, baptisa le tableau
: "La Colère de Noé après sa Cuite"
On prétend même que,les trois fils de Noé, Sem, Cham
et Japhet ayant pris trois couleurs différentes après la
colère de leur père, ont engendré les trois couleurs
humaines de peau: noire, jaune et blanche; les mauvaises langues ajoutant
même que l'expression "se noircir" ou "être
noir", à propos de boissons alcoolisées, ne serait
pas étrangère à la mésaventure...
Voici donc cet "historique" tel que je le connais. Si je suis
absolument sûr de l'histoire de cette toile, en revanche, nous
n'avons aucune preuve qu'il n'existe pas quelque part (ou qu'il ait existé)
un original; ni même que cet original ait réellement voulu
représenter Noé.
L'honnêteté m'oblige bien à reconnaître que
nous n'avons eu, chez les Franche, que le témoignage de la Dame
Cornille !!!
Maurice Franche
On peut lire aussi l'article de Didier Rykner consacré à cinq tableaux du XIXe siècle conservés dans des églises de Picardie... et surtout sa mise à jour du 28/07/2010 !
Consulter le livret publié par l'association à propos de la restauration de ce tableau.
— Dernière modification le 16/02/2026 —