Mario Prassinos
Suaires

Mario Prassinos
Il ne faut pas que l'aspect parfois peut-être saint-sulpicien entraîne le spectateur sur une fausse piste. Je n'ai pas dessiné le Christ, encore que le suaire de Turin, cette antique photographie, ne soit pas pour rien dans ce travail. Pas davantage je n'ai dessiné mon père (qui, lui, se dessinait volontiers en Christ) et pourtant j'ai appelé un temps pèretextats les peintures faites sur ce thème, indiquant ainsi qu'il s'agissait bien d'un nouvel avatar de Prétextat. Mais à présent je doute d'avoir fait là l'impossible portrait du père. L'évidente représentation d'un phallus flanqué d'yeux clos-testicules vient embrouiller les choses. Mais l'assimilation du nez et du sexe si elle est ancienne chez moi ne m'est pas personnelle. Je crois même qu'elle est bien plus ancienne que moi.J'aurais à proposer d'autres sens moins visibles à l'œil nu. Ce qui est sûr, c'est que ces visages sont obsessionnels. Ils sont une image qui se cherche. Et au contraire des dessins des Collines il arrive qu'ils me donnent satisfaction. C'est qu'ils semblent se faire tout seuls, émerger pour moi d'un fond obscur. C'est que je n'ai pas beaucoup de références. Ils sont pur désir d'image et le modèle est absent.
Extrait du texte écrit pour le catalogue de l’exposition « Mario Prassinos, Noir et blanc », galerie de France, Paris 1976.
FRANCOIS NOURISSIER
Quant aux humains, plusieurs années durant, Prassinos a exploré
avec une opiniâtreté rieuse ou agressive les apparences charnelles
d'une chanteuse noire, d'un vieux monsieur et d'un dieu. Et pourtant je
ne parviens pas à voir là tout à fait une réflexion
sur le visage humain. Ce qui intéressait Prassinos dans ces explorations,
c'était le surgissement d'un fantôme hors de la nuit du temps,
l'impression mystérieuse, précaire, fugace des souvenirs
sur le film de la mémoire. la série du Saint-Suaire est
à ce titre exemplaire. Elle appartient, si l'on veut, à
la même sorte de machine à rêves (à cauchemars)
que l'impression sur le sol, comme sur une plaque sensible, par le monstrueux
flash d'Hiroshima, de silhouettes humaines en quelque sorte photographiées
par le néant. Nous ne sommes pas là dans l'ordre du portrait
! Alors que tout ce qui a trait aux paysages, chez Prassinos, s'inscrit
dans une tradition somme toute classique, ce qui a trait à l'évanescente
ou bourgeonnante figure humaine parait être de l'ordre de la voyance,
de l'enquête extra-lucide, de la recherche systématique du
miracle: toujours la nostalgie surréaliste.
Extrait de "Paysage d'une vie».
Texte écrit pour le catalogue de l'exposition « Mario Prassinos,
peintures et dessins récents », Galeries Nationales
du Grand Palais, 1980.

BIOGRAPHIE
1916
Naissance le 30 juillet à Constantinople.
Grec d'origine.
Engagé volontaire en 1939. Naturalisé français en 1949.
1922
La famille Prassinos s'installe en France, à Nanterre
puis à Paris. Il vit de 16 à 20 ans, l'expérience surréaliste.
1938
Première exposition personnelle à la galerie
Pierre Vorms à Paris.
1939<
Il s’installe au 18 de la Villa Seurat à Paris.
1942 à 1950
Collaboration avec les Editions Gallimard. Nombreuses illustrations
gravées pour des textes de Queneau, Sartre, Apollinaire, Rimbaud
et Poe.
1947
Première scénographie pour Jean Vilar au T.N.P.
et au Festival
d’Avignon.
1951
Il achète sa maison d’Eygalières en
Provence.
1952
Long séjour en Grèce dans l’île
de Spetsai. Encres et huiles sur papier : les CYPRES.
1959 à 1963
Série des ARBRES, série des PAYSAGES, série
des BOUQUETS et les ALPILLES.
1953 à 1976
Expositions régulières à la Galerie
de France à Paris.
1951 à 1975
Réalisation de plus de 150 cartons de tapisseries
qui sont tissées à Aubusson, dans les manufactures des Gobelins
et de Beauvais et sont exposées à la Galerie La Demeure jusqu'en
1974.
1962 à 1975
Travail sur le PORTRAIT : BESSIE SMITH, portraits du grand-père
PRETEXTAT et les SUAIRES.
1973
Il écrit Les Prétextats, Editions Gallimard.
1970 à 1984
Long séjour à Mycènes en Grèce
où il commence la rédaction de son second livre, La Colline
Tatouée, paru chez Grasset en 1983.
1980 à 1984
Nombreuses peintures à l'huile et à l'encre
de chine sur papier autour du thème de l'ARBRE.
1985
Travaille aux PEINTURES DU SUPPLICE destinées aux
murs de la chapelle N.D. de Pitié à Saint Rémy de Provence.
Mario Prassinos fait don à l’Etat français d’une
synthèse de son œuvre : peintures, dessins, gravures, tapisseries,
estampes. Selon ses vœux et au terme d’une convention cette collection
est confiée à l’association FMP Donation Mario Prassinos
qui est inaugurée le 12 juin 1986. Les buts de la donation étant
d’entreprendre toutes actions et d’organiser toutes manifestations
permettant d’accueillir, conserver, présenter, défendre
et mieux faire connaître l’œuvre de Mario Prassinos.
Mort de Mario Prassinos le 23 octobre 1985.
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