ANALYSE ARCHITECTURALE

Etude réalisée par T.ALGRIN ACMH
Avec la collaboration de:
Andreea TUDOR, architecte
Roseline SIGNORET, dessinatrice

SOURCES ICONOGRAPHIQUES

L'ancienne abbaye d'Essômes fut fondée au XIe siècle à trois kilomètres environ au Sud-Ouest en amont de Château-Thierry. Selon les historiens Pierre Héliot et Peter Kurtmann, la construction de l'église actuelle est le résultat de deux campagnes de travaux, s'étalant de 1225 à 1245. L' iconographie de l'église antérieure à son classement parmi les Monuments Historiques en 1841, est assez pauvre et date seulement du XVIIe siècle.

Il s'agit principalement d'un plan d'ensemble de l'abbaye Saint-Ferréol de l'élévation Sud de l'église et d'une vue perspective signée Jean-Paul, figurant dans le Recueil des plans et élévations des abbayes des chanoines réguliers de France, conservé au Cabinet des Estampes. Un dessin plus ancien de Chastillon (fin XVIe siècle?) faisant partie de la collection Fleury est assez schématique; la représentation de l'église notamment est erronée.
L'abbaye, telle que représentée au XVIe siècle dans le Recueil, était entourée sur trois côté d'un mur d'enceinte renforcé aux angles et au milieu de chaque côté par des tourelles et protégée de douves. Une deuxième enceinte clôturait les terres de l'abbaye, comprenant une basse-cour, un jardin potager, un verger et un petit bois. Le cloître construit sous l'ordre de l'abbé Guillart en 1540- 1548, dont les arcades furent fermées par des vitraux, était accolé sur le côté Nord de la nef. Les bâtiments du chapitre, le réfectoire et la cuisine occupaient son côté oriental, en prolongement du transept.
Dans un bâtiment en retour étaient aménagées les salles destinées aux chanoines et, du côté occidental, prenait place le logis de l'abbé.

La nef de l'église comportait à l'origine six travées supplémentaires -destinée à la paroisse- qui ont été démolies en 1765, faute de moyens pour les réparer. Cette partie était séparée du reste de l'édifice par une clôture représentée en pointillé sur le plan conservé au Cabinet des Estampes.
Cette démarcation était nettement visible en volumes: en effet, les six travées de l'église paroissiale étaient moins élevées, la forme des baies hautes traduisant plutôt une date de construction antérieure à l'édifice abbatial. Peter Normann situe la construction de cette avant-nef à l'époque du premier art gothique -dernier quart du XIIe siècle. Tant sur la vue perspective du XVIIe, que sur l'élévation Sud, on remarque l'étage des fenêtres hautes dépourvu de contreforts, avec ouvertures simples en tiers-point.
Une tour clocher de forme carrée, flanquée de contreforts aux angles, coiffait la première travée du bas-côté Sud; les remplages de ses baies à lancettes géminées la rattache à l'art gothique, tout au moins ses étages supérieurs.
Sur le même dessin en perspective, notons également deux détails intéressants: premièrement la représentation simplifiée des contreforts du chevet, sans leurs ressauts et gargouilles actuelles; deuxièmement la rose à remplages rayonnants -disparue- éclairant le pignon Nord du transept.

L'ensemble des bâtiments conventuels fut démoli à la Révolution.
L'abbé Poquet mentionne en 1842 l'existence du seul logis de l'abbé, dont il subsiste aujourd'hui une tour ronde couverte d'une toiture en poivrière, ainsi que le départ du mur d'enceinte, percé de meurtrières.

COMPOSITION INTERIEURE

L'église actuelle comprend deux travées de nef avec leurs bas-côtés, un transept auquel sont acollés à l'Est, des collatéraux contenant chacun deux chapelles, et un choeur de deux travées droites terminé par une abside à cinq pans, sans déambulatoire. L'ensemble est voûté d'ogives en pierre, qui lui confèrent une unité remarquable. Le grand vaisseau se divise en trois étages : grandes arcades ou fenêtre basses, triforium et fenêtres hautes, quasiment de même ampleur que l'étage des arcades. Il mesure 40 mètres de long dans l'oeuvre, 8 mètres de large et 20 mètres de hauteur sous voûte.

L'église de l'ancienne abbaye d'Essômes s'inscrit dans la lignée de Saint-Léger de Soissons, de Saint-Remi de Reims et de l'abbatiale d'Orbais, ou encore de Notre-Dame de Reims ; sa composition intérieure et son décor ont ét amplement analysés par les historiens Pierre Héliot et Peter Kurmann.

Le plan du choeur d'Essômes sans déambulatoire a été manifestement inspiré par Saint-Léger de Soissons (1210- 1240), qui appartenait au même ordre des chanoines réguliers de Saint Augustin. L'église de l'abbaye bénédictine d'Orbais située à une trentaine de kilomètres au Sud-Est et construite avec la même pierre meulière du pays, a servi de modèle pour l'élévation intérieure. En outre, une disposition du plan d'Orbais -le collatéral accolé du côté oriental du transept, abritant les chapelles- a été repris à Essômes.
La composition unitaire des deux niveaux supérieurs, reliant le registre des fenêtres hautes et l'arcature du triforium par le prolongement des meneaux, s'était déjà manifesté à Saint-Remi (1170-1182/1185) et Orbais (1195-1200) avant d'être mis en oeuvre à Essômes. En revanche, les réseaux des fenêtres hautes (bipartites, tripartites, voire quadripartites) semblent plus tardifs et se placent chronologiquement à une époque postérieure à celle de la conception de la cathédral de Reims.

Extrait du texte de P. Kurmann dans "L'ancienne abbatiale d'Essômes dans Congrés Archéologique de France, Aisne Méridionale (1983)"
Les remplages d'Essômes, sauf ceux de l'abside et de la nef, sont plus complexes que ceux de la nef d'Orbais, car leurs lancettes et les oculi qui les surmontent sont plus nombreux (trois ou quatre selon le cas ). Bien que l'histoire du développement des réseaux du XIIIe siècle reste à écrire, on peut affirmer avec une relative certitude que les fenêtres hautes du choeur et du transept d'Essômes n'ont guère pu être conçues avant 1230 environ.
Cette remarque s'applique cependant ni au rez-de chaussée du choeur ni à celui du transept. Ni les simples lancettes du rez-de-chaussée du choeur ni le décor végétal des châpiteaux, ni la modénature de la partie basse de l'abside du sanctuaire et du transept ne contredisent une datation dans les années 1220.
(...)
Les fenêtres du bas-côté du transept ne reprennent pas l'invention rémoise du remplage. Elles se présentent sous la forme d'ouvertures regroupées, deux lancettes surmontées d'un oculus polylobé qui semblent percées dans le mur. (...) En revanche, lorsque la construction eut atteint le niveau du triforium et des fenêtres hautes du choeur et du transept, de véritables fenêtres à réseaux furent adoptées. La concordance parfaite qui règne partout entre ces réseaux et l'arcature du triforium prouve que les deux étages furent projetés et probablement exécutés en même temps et qu'on n'hésita pas à combiner le parti ancien de Saint -Rémi de Reims, légué par l'intermédiaire d'Orbais, avec es réseaux "modernes".

(...) Le triforium de la nef ne comporte pas de colonnette destinée à recevoir l'arc d'encadrement de la fenêtre à chaque extémité de la travée, comme c'est le cas dans le choeur. On prévoyait donc déjà une fenêtre haute étroite (à l'instar de celles du bas-côté méridionnal), qui laissait de part et d'autre de larges portions de mur. Cette disposition curieuse s'explique aisément si l'on se rappelle que ces deux travées garantissaient la transition entre les parties modernes du XIIIe siècle et les travées occidentales, d'un style nettement plus archaïque. Or ces travées avaient des fenêtres étroites.

Extrait du texte de P. Heliot dans "Deux églises champenoises méconnues: les abbatiales d'Orbais et d'Essômes dans Mémoires de la Société d'Agriculture, Commerce, Sciences er Arts de la Marne (tome LXXX, 1965)"
Mais il est un autre trait de Saint Rémi (...) qu'on réédita sur l'abbatiale d'Essômes: c'est la coursière intérieure passant devant les fenêtres des collatéraux du transept et de la nef, sous les formerets approfondis des voûtes. Galerie basse inutile s'il en fut puisqu'elle ne conduit nulle part et que, murée à ses extrémités, elle n'est accessible par aucun escalier.

Peter Kurmann explique autrement la filiation de cette galerie basse:
La position des fenêtres dans une niche, le passage percé sous la forme d'une meurtrière, à travers les dosserets encadrant la niche derrière les colonnes engagées, la frise qui prolonge le groupe des chapiteaux de ces colonnes jusqu 'au mur gouttereau, le profil triangulaire raffiné des grandes arcades, rappellent clairement les dispositions analogues des bas-côtés et des chapelles rayonnantes de Ia cathédrale de Reims.

P. Heliot:
Les voûtes hautes retombent sur des faisceaux de colonnes descendant le long des murs et reposant, dans la nef, sur le chapiteau de colonnes fortes dont le fut est constitué par des tambours superposés Il y a donc, sous les sommiers des grandes arcades, une rupture très marquée des lignes et des volumes dans l'élévation, comme à Orbais encore. C'est là un héritage de gothique primitif, pieusement conservé par les architectes de la région durant toute la première rnoitié du XIIIe siècle (...) Chose étrange: les piles du carré du transept diffèrent entre elles, car celles de l'Est, losangése en plan, sont revêtues d'un manteau de hautes colonnes, tandis que celles de l'Ouest, conformes au type des travées droites dans les cathédrales Notre- Dame de Chartres et de Reims, associent cinq colonnes fort inégalement calibrées: une grosse cantonnée de quatre autres grêles par comparaison.(. ..) Quoi qu'il en soit, ces piles relativement minces n'avaient certes pas pour objet de porter une tour centrale.

Le transept a deux frontispices dissemblables; celui du nord, auquel s'adossaient jadis des bâtiments conventueis, est aveugle, tandis que 1 'autre est abondamment ajouré : un triplet au rez-de-chaussée, une très large fenêtre embrassant les deux étages supérieurs. Le remplage de cette dernière se compose de deux formes en tiers-point chacune emboîtant deux lancettes et un cercle polylobé - qui portent un grand cercle également redenté.

Au dedans comme au dehors le décor est strictement subordonné à la structure, qu'il a pour mission d'accompagner et de souligner. Les moulures des arcades du triforium accusent la manière de la première rnoitié du XIIIe siècle; l'élément principal en est un tore largement dégagé par des gorges.( ...) Dans les transept et nef d'Essômes on a taillé dans la maçonnerie des grandes arcades une alternance de tores minces et de gorges étroites, alignés sur des plans obliques, de part et d'autre d'un gros tore inférieur qu'alourdit un bandeau: profil semblable, aux détails près, à celui que nous offre la nef même de la basilique du sacre et analogue à celui que nous livre le choeur d Saint-Pierre à Lagny.

Les chapiteaux présentent presque tous les caractères propres à la première moitié du XIIIe siècle. (...)
Sur les piles du transept et de la nef, les corbeilles, bien moins sèches dans leur facture, sont recouvertes de feuilles polylobées et refendues, étalées à plat et d'où émergent des crochets ouverts à demi: composition touffue dont on suit le développement à partir de la nef de Notre-Dame à Paris jusqu'à Saint-Pierre de Lagny, en passant par les cathédrales de Soissons et de Reims.

Suite à l'analyse approfondie des éléments d'architecture -piles et remplages des fenêtres- et des décors sculptés, Peter Kurmann a établi une chronologie précise de l'église actuelle, édifiée vraisemblablement durant deux principales campagnes de travaux :
1ère campagne (1225-1230) : construction du niveau inférieur du choeur et des bas-côtés du transept, comprenant également le registre inférieur des façades du transept (piles isolés fenêtres à lancettes simples)
2ème campagne (1235-1240/1245) : construction des niveaux supérieurs du choeur, de la nef et ses bas-côtés (remplages rémois bipartites ou plus complexes)

Les parements intérieurs, constitués de blocs assez irréguliers, à l'exception des éiéments de modénature, étaient à l'origine recouverts d'enduit et décorés de faux joints. Ce décor de faux joints blancs sur fond ocre est encore visible sur le mur septentrional du transept; les tores des grandes arcades semblent en revanche avoir reçu un badigeon blanc, rehaussé de faux-joints ocres. 

LES EXTERIEURS

P. Heliot:
Epais dans les deux étages inférieurs, les murs se rétrécissent au niveau de l'appui des fenêtres hautes, pour laisser place à une coursière extérieure, entièrement établie à l'air libre et traversant les contreforts (...).
Au dessous de ce retrait le mur, devenu volumineux, pouvait se dédoubler pour contenir un triforium entièrement réservé dans la masse: étroit couloir qui autorisait une circulation fort mamaisée tout autour de l'édifice, à l'exception de la facade principale. L'association du triforium et de la coursière haute tournée vers le dehors, [est] héritée de Saint-Rémi de Reims (...).
Le maître d'oeuvre a étayé les voûtes par des contreforts et des arcs-boutants. Très proéminents, les premiers ont de nombreux retraits profilés en larmier et se coiffent de chaperons en bâtière. L'écoulement des eaux ruisselant du grand comble se fait par des canaux traversant leur tête et aboutissant à des gargouilles. Limités aux flancs des croisillons et de la nef, les arcs-boutants reproduisent avec menues variantes le modèle créé vers 1200 pour le choeur de la cathédral de Soissons : culéess allongées et s'amortissant également en bâtière, arc rampant dont l'extrados est creusé d'une rigole recueillant les eaux piuviales et dont la tête s'appuie sur une colonnette, derrière laquelle passe la coursière extérieure. (...)

L'élévation extérieure ne dément pas l'impression que produit le dedans de l'édifice, car nous y retrouvons les qualités déjà notées: la franchise du parti, la sobriété distinguée, une élégance surtout sensible à l'abside, un luxe discret réservé principalement au dernier étage. (...) Les baies superposées dans chaque travée, les hauts contreforts proéminents et les arcs-boutants déterminent avec autorité un verticalisrne, que ne contrecarrent guère les plates-bandes séparatives des étages, ni l'épais registre d'assises aveugles qui sert de mur de fond au triforium du choeur. La tablette de la corniche s'assied sur des modillons sculptés et se poursuit sous les pignons du transept. Les archivoltes des fenêtres du choeur coiffent une frise de fleurettes caractéristique de l'architecture du XIIIe siècle en Soissonnais. Je ne dis rien de la façade occidentale - oeuvre du XVIIIe siecle dénuée de style - mais celle du croisillon sud, encadrée d'une tourelle d'escalier et d'un clocheton monté en encorbellement, évoque avec beaucoup de précision le frontispice du bras méridiona du transept à Saint-Léger de Soissons, oeuvre de la première moitié du XIIIe siècle et dont la composition est presque semblable.

TOITURES

Dispositions générales

Les vaisseaux principaux de la nef, du transept et du choeur sont couverts de toitures à deux versants, dont les propor- tions en coupe avoisinent celles d'un triangle équilatéral (55° pour la nef et le bras Sud du transept, 58° pour le choeur et le bras nord). Cette toiture se termine par cinq pans coupés au dessus du chevet. Une corniche à crochets unifie l'ensemble des gouttereaux, quasiment de même hauteur, se retournant sur le pignons du transept. Notons que cette corniche est dépourvue de son décor sculpté sur une travée du bras Nord du transept et devant son pignon, traduisant ainsi la réfection de ses parties. On sait déjà que le pignon Sud du transept avait été dérasé tout au moins en partie, et remplacé par une croupe en tuiles au début du XIXe siècle; ce pignon a été reconstruit ensuite vers 1890. Les bas-côtés de la nef et du transept sont couverts à un seul versant, de pente assez faible (environ 24°). La hauteur originelle de faîtage située nécessairement en dessous de la coursive extérieure, est attestée par de nombreux corbeaux en pierre, encore en place. La pente ancienne de ses toitures a été maintenue lors de la réfection des charpentes en béton armé dans les années 1920.
A l'exception de la croupe terminant à l'Ouest la toiture de la nef et qui parait contemporaine de la façade actuelle -reconstruite après la démolition des six premières travées en 1765-, les dispositions de couverture semblent authentiques. Le matériau de couverture originel était certainement, comme encore aujourd'hui, la tuile plate.

Evacuation des eaux

Afin d'évacuer les eaux de pluie, les constructeurs avaient mis en oeuvre un système ingénieux de gargouilles, rigoles et chéneaux encaissés, déployés à plusieurs niveaux. Au niveau supérieur les eaux déversées par les grands combles sont recueillies par un chéneau encaissé et canalisées par des conduites intérieures, à travers les pilastres et les culées d'arcs boutants, rejetées ensuite à l'extérieur au niveau des gargouilles hautes. Un rapport de M. Ouradou, Architecte des Monuments Historiques, déplorait en 1868 le bouchement de ces gargouilles, ainsi que la disparition des balustrades hautes, qui courraient le long du chéneau encaissé; la hauteur de ses balustrades est donné par le départ en pierre au niveau des chaperons des contreforts du choeur. Si le passage de cette galerie haute devant le pignon Nord est attesté avec certitude par l'espace ménagé entre les têtes des contreforts et la paroi, le passage devant le pignon Sud, reconstruit par Ouradou, ne paraît pas possible. La balustrade originelle était-elle pleine ou ajourée ? Aucun témoin ne peut aujourd'hui éclairer la question.
Au niveau des fenêtres hautes, une rigole en pierre recueille les eaux de pluie de la coursive extérieure, qu'elle déverse sur les toitures des bas-côtés. Pour les travées du chevet, ces eaux sont rejetées à l'extérieur à travers les contreforts, par un deuxième niveau de gargouilles. Seul le bas-côté Sud de la nef est pourvu d'un chéneau encaissé en bas de versant et de gargouilles; il s'agit d'une reconstruction de 1873.

Charpentes

Seules les charpentes du bras Sud du transept et de la croupe occidentale de la nef présentent une disposition relativement ancienne avec chevrons formant fermes. En ce qui concerne le transept Sud, il s'agit en effet d'un système mixte, à pannes et à chevrons formant fermes. Les chevrons, d'environ 13x13 cm de section, reposent sur les gouttereaux à l'aide de blochets et jambettes; ils sont reliés en partie haute par deux niveaux de sous-entraits et raidis par un cours de pannes. Les fermes principales semblent avoir été rehaussées, les pannes étant en effet doublées au droit de chaque arbalétrier. L'ensemble ne possède pas de faîtage. Deux sous-faîtages reliés entre eux par des liens obliques, assurent 1'étrésillonnement dans les plans des poinçons. Les entraits s'appuient directement sur les gouttereaux, les blochets étant soutenus par une sablière suspendue assemblée à tenon et mortaise dans les entraits des fermes principales. La croupe de la nef, présente une disposition analogue avec chevrons formant fermes. Deux cours de sablières assurent ici l'appui sur les murs gouttereaux. Cette charpente a étéprobablement réalisée à la même époque que la façade occidentale, car les dessins du XVIIeme siècle témoignent plutôt de l'existence d'un pignon en pierre. En tout cas, elle ne pourrait pas être antérieure à 1765, date à laquelle les six travées de la nef primitive furent démolies. Les restaurations entreprises après la guerre par le Service des Monuments Historiques ont pérennisé cet état, le seul pouvant être attesté aujourd'hui avec certitude. Les charpentes sont pour le reste modernes, étant refaites à la fin du XIXème siècle ou après 1918. Les fermes moder-nes semblent avoir été mises en place avant la restauration des gouttereaux, la plupart des entraits étant quasiment encastrés dans les maçonneries. La différence de niveaux entre les entraits des fermes modernes et des fermes XVIIIème est visible notamment dans la nef, en limite de la ferme de croupe. Notons que le niveau des faîtages du choeur et du bras Nord du transept -modernes- sont légèrement plus élevé que ceux de la nef et du bras Sud.

LA FLECHE DISPARUE

L'existence d'une flèche sur la croisée de transept d'Essômes est attestée par les documents iconographiques du XVIIe siècle. Sur la vue perspective de l'abbaye conservée au Cabinet des Estampes on peut observer un clocher en charpente de plan octogonal, ajouré en partie haute et surmonté d'une flèche à huit pans, qui pourrait être couverte d'ardoises ou de bardeaux en bois. Les sources écrites -notamment l'ouvrage de l'abbé Poquet- mentionnent l'effondrement de celle-ci en 1812. La nature du matériau de couverture originel reste incertaine.
L'abbatiale voisine d'Orbais, qui avait servi de modèle pour Essômes possède un clocher en pan de bois de forme carrée, surmonté d'une flèche à huit pans, amortie aux angles par quatre pinacles. L'ensemble du clocher et de la flèche est couvert en ardoises et date du XIVe siècle. En 1882 Maurice Ouradou, Architecte des Monuments Historiques, inspiré par la restitution de la flèche de Notre-Dame de Paris par Viollet le Duc, avait proposé de reconstruire à Essômes une flèche recouverte de plomb et décorée de crochets et épis. L'emploi du plomb, materiau coûteux qui a servi à revêtir les flèches richement décorées des cathédrales parait somptuaire à Essômes. Les flèches des églises de campagne et des abbayes pauvres ont été plutôt recouvertes d'ardoise, comme l'abbatiale d'Eu (XVe siècle ou de l'église de la Fère-en-Tardenois (XVIe siècle). Notons que la flèche disparue de 1'église Saint- Crépin de Château-Thierry, attestée par des gravures du XVIIe, présente une silhouette très proche de celle d'Essômes.
Un clocher trapu couvert d'ardoises a remplacé la flèche . disparue, mais la souche en charpente de cette flèche reste intacte.
Dans les combles, la croisée de transept est délimitée sur les quatres côtés par des murs de refend continus. Cette configuration traduit vraisemblablement l'idée initiale d'élever sur la croisée une tour carrée en pierre. A la différence de la plupart des édifices où le clocher est édifié sur quatre points d'appuis, au-dessus des piliers de la croisée, celui d'Essômes repose sur ces murs de refend et charge particulièrement le milieu des arcs-doubleaux. Deux fermes principales sont ainsi disposées en croix au dessus de la croisée et maintiennent quatre des poteaux de la flèche. A leur intersection se trouve l'arbre vertical de l'ouvrage. Les autres quatre poteaux reposent sur des demi-entraits diagonaux, qui reportent leur charge, par l'intermédiaire de plusieurs goussets, également au milieu des arcades. Les poteaux de la flèche sont étrésillonnés en partie haute par des croix de Saint-André. Le beffroi des cloches repose, par l'intermédiaire d'une enrayure, sur la même souche. Les fermes principales ont été renforcées par des moises au XIXe siècle et leur appui sur les maçonnerie amélioré par la mise en place de fermes supplémentaires, indépendantes des charpentes des combles.